Après la saison des pluies/tsuyu/梅雨 de juin-juillet puis les prémices de l’été avec le jour de la mer/umi no hi/海の日 en juillet, voici qu’arrive la chaleur moite et écrasante de l’été japonais !
En ce mois de vacances scolaires, de nombreux Japonais profitent de la vie en plein air et des plaisirs de plage. En effet, si le calendrier officiel n’affiche alors qu’un seul jour férié, des traditions plus anciennes telles que la fête de « o bon »/お盆 garantissent de ne pas s’ennuyer pendant toute cette période !:)
Mais le mois d’août, c’est aussi le mois du souvenir : celui des bombes atomiques de Hiroshima et de Nagasaki suivies de la reddition du Japon en 1945…
11 août au Japon : Tous à la montagne !
Dernier né des jours fériés japonais, le jour de la montagne/yama no hi/山の日 a fait son entrée au calendrier en 2016.
Parfait pendant du jour de la mer/umi no hi/海の日 en juillet, il invite les Japonais à aller se rafraîchir en montagne et à en fêter les bienfaits.
D’ailleurs, avant même la création de ce nouveau jour férié, il était déjà courant d’entreprendre l’ascension du vénérable et vénéré Mont Fuji (3776 m) à cette période. L’escalade commence généralement de nuit, le clou du spectacle consistant à contempler le lever du soleil une fois arrivé au sommet. Un vrai pèlerinage !
Cependant, tout à fait entre nous, pour avoir moi-même entrepris l’ascension, je trouve le Mont Fuji bien plus beau de loin que de dessus !
Majestueux Mont Fuji dans le lointain…
Cette invitation calendaire à reconsidérer les dons offerts par la montagne coïncide peu ou prou avec ce que l’ancien calendrier japonais considère comme le « début de l’automne »/risshû/立秋, entre le 7 et le 22 août. Voilà qui a de quoi nous surprendre, mais cela correspond à une période où la chaleur jusqu’alors étouffante commence théoriquement à diminuer.
En lien avec cette date, les Japonais ont coutume de prendre des nouvelles de leurs proches pendant les vacances d’été, s’assurant ainsi qu’ils sont en bonne santé. Avant le 8 août, on parle au Japon de « salutations à l’heure des grosses chaleurs »/shochû mimai/暑中見舞い. Après le 8 août, il est question de « salutations à l’occasion des chaleurs résiduelles de l’été »/zansho mimai/残暑見舞い.
Eh oui, au Japon, il est d’usage de se manifester au moins deux fois par an auprès de ses proches ! 🙂
Dans le sillage du 11 août, la tradition de O bon/お盆 au Japon
Dans la foulée du 11 août, les Japonais se lancent à la mi-août dans leur seconde grande transhumance de l’année.
A l’exception de quelques variantes régionales, la mi-août est généralement consacrée aux festivités de O bon/お盆. A cette occasion, les Japonais retournent dans leur région natale pour aller honorer leurs défunts et leurs ancêtres selon la tradition bouddhique.
Cependant, ne nous méprenons pas. O bon/お盆, qui doit son nom au plateau d’offrandes déposé sur l’autel des défunts, est bien plus qu’une « simple » fête des morts !
En effet, elle se distingue de la traditionnelle Toussaint du monde chrétien par :
- sa durée de plusieurs jours
- ses rites joyeux et festifs
Durant ces quelques jours, l’objectif est d’inviter les morts à rejoindre le monde des vivants pour les divertir, puis s’assurer ensuite de les voir repartir l’âme en paix dans le monde des morts.
A chacun, son univers ! Rendre hommage, oui ! Vivre ensemble, non merci !:D
Pour connaître en détails les préparatifs et le déroulé de cette fête, la deuxième fête la plus importante du Japon après celle du Nouvel An, je vous invite à lire cet article bien documenté sur le sujet : O bon.
Après le recueillement, danse et feux d’artifice à foison !
Le moins que l’on puisse dire, c’est que les Japonais ont le sens de la fête !
Pour ainsi dire, pas une journée ne se passe sans qu’il y ait un festival/matsuri/祭り organisé dans le pays ! Preuve en est, cet aperçu succinct des festivals les plus célèbres du Japon, auquel pourra s’ajouter le répertoire exhaustif d’un site japonais dédié à la recherche de fêtes par régions, par dates et par genres : https://omatsurijapan.com/.
Mais revenons-en à la fête de O bon/お盆. Elle fait l’objet d’un festival très réputé, celui de Awa Odori/阿波踊り à Tokushima sur l’île de Shikoku (en bas à gauche de la carte ci-dessus). Cette fête doit son nom à une désormais célébrissime danse qui fait partie de l’ensemble plus générique des « danses de o bon »/bon odori/盆踊り.
Bon odori et le chant des mineurs de charbon
La plus célèbre danse de O bon s’accompagne d’un chant tout aussi célèbre, celui des anciens mineurs de la plus grande mine de charbon (Mitsui Miike) qu’ait connu le Japon, au nord de l’île de Kyûshû (sud du pays).
On retrouve d’ailleurs bien dans la chorégraphie qui suit les gestes des mineurs. Je vous laisse apprécier en musique ! 🙂
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Si d’aventure vous souhaitez apprendre à la danser par vous-même, en voici une version plus pédagogique avec en prime, les paroles du chant des mineurs/tankô bushi/炭坑節.
A ces danses de O bon/盆踊り s’ajoutent des feux d’artifice rivalisant de beauté à travers tout le pays.
La féérie des feux d’artifice d’été
Autre grand moment de liesse populaire : l’organisation de compétitions de feux d’artifice/hanabi taikai/花火大会 tous plus féériques les uns que les autres, et capables de rassembler jusqu’à plusieurs centaines de milliers de spectateurs ! 🙂
Les Japonais sont historiquement de grands amateurs de feux d’artifice/hanabi/花火. Ce mot hanabi/花火 se compose de deux caractères chinois signifiant respectivement : 花/hana/fleur et 火/hi/feu. Quelle poésie que de se retrouver face à ces « fleurs de feu », de préférence à proximité d’un point d’eau rafraîchissant (rivière, plage, lac…) !
Pour l’occasion, il est d’usage de sortir vêtu d’un yukata/浴衣, version simplifiée du kimono, fabriqué en coton et porté aussi bien par les femmes que par les hommes. Cette tenue légère adaptée à la saison est celle que l’on retrouve aussi dans les stations thermales et les auberges traditionnelles du Japon. Elle a initialement vocation à être portée à la sortie du bain. Ne reste plus qu’à lui adjoindre geta/下駄 (chaussures traditionnelles en bois) et uchiwa/団扇 (éventail de forme arrondie à manche fixe) et le tour est joué, nous avons là la panoplie parfaite de l’estivant japonais en recherche de fraîcheur !
Ainsi paré pour la fête, comment ne pas succomber maintenant à la dégustation en plein air d’une douceur d’été : le kakigôri/かき氷 ?…. Cette glace pilée de tradition ancienne, déjà présente à la cour impériale de Heian (794-1185), est aujourd’hui proposée dans de nombreux parfums, du plus classique (haricot rouge) au plus extravagant (chewing-gum) ! 😀
15 août au Japon : dans l’ombre de O bon, le souvenir d’autres feux mortels…
Sous la légèreté et la désinvolture assumées du mois d’août, se cache néanmoins un souvenir lourd à porter et indélébile.
En effet, le 15 août correspond à la journée de commémoration de la fin de la seconde guerre mondiale/shûsen kinenbi/終戦記念日. Ce jour-là, le Japon -famille impériale en tête – se recueille à la mémoire de ses 30 millions de victimes civiles et militaires, dans le cadre d’une cérémonie officielle au rituel bien huilé. En voici la description dans l’article suivant :
15 août : le Japon se souvient de ses 30 millions de morts de la seconde guerre mondiale
Le 15 août 1945, l’empereur Hirohito annonçait à la nation entière la reddition du Japon dans une allocution radiophonique, sonnant enfin le glas de la guerre du Pacifique et de la seconde guerre mondiale.
Cette capitulation fait directement suite au largage des deux bombes atomiques américaines ayant totalement anéanti les villes de Hiroshima et de Nagasaki. Cependant, comme l’expliquent les historiens, c’est l’imminence d’une attaque des forces japonaises par l’armée soviétique en Mandchourie et en Corée qui semble avoir joué un rôle encore plus décisif dans le renoncement à la guerre :
Le Japon ne s’est pas rendu qu’à cause des bombes atomiques
Hiroshima et Nagasaki : un traumatisme toujours vivant…
Toujours est-il qu’aujourd’hui, c’est l’horreur absolue provoquée par ces bombes atomiques et ses conséquences humaines et environnementale à très long terme qui restent gravées dans la mémoire du commun des mortels et doivent servir de réflexion à l’ensemble de l’humanité.
Le visionnage de cette vidéo, longue mais instructive, en atteste :
Sans entrer dans une bataille de chiffres, rappelons que la seule bombe de Hiroshima, le 6 août 1945, aurait fait au minimum 70.000 victimes tandis que celle de Nagasaki, le 9 août 1945, en aurait fait 40.000...
Afin que toutes ces victimes ne sombrent pas l’oubli, le Japon a ouvert un Mémorial de la paix dans les deux villes sinistrées de Hiroshima et Nagasaki. Celui de Hiroshima est notamment célèbre pour son emblématique Dôme de la bombe atomique/genbaku dômu/原爆ドーム, qui constitue un des rares bâtiments à ne pas s’être effondré après l’explosion de la bombe.
… et des guirlandes de grues à offrir pour la paix dans le monde
En arrière-plan des drames provoqués par ces deux bombes atomiques de Hiroshima et Nagasaki, se cachent une histoire personnelle et un espoir de paix adressé au monde entier.
L’histoire personnelle est celle de cette tristement célèbre fillette : Sadako Sasaki. Irradiée à Hiroshima, elle fut atteinte de leucémie. Pendant sa maladie, elle s’empara de la légende japonaise des 1000 grues/senbazuru/千羽鶴 et, dans l’espoir de voir son vœu de guérison exaucé, elle se lança dans la confection de 1000 grues en origami reliées entre elles. Malheureusement, rattrapée par la mort, elle ne put achever son ouvrage qui prit fin prématurément à la 644ème grue…
Senbazuru : 1000 grues en origami assemblées en guirlandes
Depuis lors, érigées en messagères de la paix, ces guirlandes de grue continuent d’être confectionnées chaque année à sa mémoire. Chaque grue (tsuru/鶴), symbole traditionnel de longévité, milite ainsi en faveur de la paix dans le monde.
C’est sur cette note d’espoir que s’achève un mois d’août bien rempli ! 🙂
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