Juin au Japon : hortensias et parapluies de rigueur !

Après l’éclatante Golden Week du mois de mai, retour aux choses sérieuses et place au mois de juin !
Nous allons voir que, de prime abord, cet épisode calendaire n’a rien à offrir qui puisse arranger la déprime passagère ressentie après l’euphorie vacancière de mai. Cette dernière a d’ailleurs un nom : la gogatsu byô/五月病 (littéralement : « la maladie/le syndrome du mois de mai »).
Néanmoins, nous apprendrons à la dompter en portant un regard tantôt poétique, tantôt humoristique, sur ce mois de juin. Si, comme moi, vous êtes d’origine bretonne, vous ne devriez pas avoir trop de difficulté à y parvenir !…

Pour commencer, un simple coup d’œil au calendrier suivant (en japonais s’il vous plaît !), vous permettra de constater l’absence TOTALE de jours fériés en juin… Snif, snif !

Calendrier japonais du mois de juin
Calendrier japonais du mois de juin

Alors, consolons-nous en décryptant les deux informations contenues dans son illustration pour le moins KAWAII. Eh oui ! Le mois de juin se caractérise par :

  • l’entrée du Japon dans la saison des pluies/tsuyu/梅雨
  • les hortensias/あじさい/紫陽花 en fête et nous avec !

Tsuyu : en juin, d’un parapluie munissez-vous !

Théoriquement, la saison des pluies/tsuyu/梅雨 démarre aux alentours de la mi-juin pour s’achever à la mi-juillet. Elle se développe progressivement du sud au nord du Japon. Seule l’île d’Hokkaidô (tout au nord) y échappe ! Cependant, la durée et l’intensité de la saison des pluies s’avèrent très variables d’une année sur l’autre. Qui plus est- regrettable signe des temps – le réchauffement climatique finit souvent par en avancer la période et par l’écourter.

D’aucuns s’en réjouiront. D’autres, plus sensibles à la beauté particulière engendrée par ces épisodes de pluie, s’en lamenteront peut-être un peu.

tsuyu : parapluies de rigueur pendant la saison des pluies au Japon
Indispensable accessoire de la saison des pluies : le parapluie !

Toujours est-il qu’à cette période, mieux vaut se déplacer en permanence avec un parapluie pour faire face aux caprices de la météo… Encore que, la légendaire qualité de service à la clientèle a donné naissance à une pratique de prêt de parapluies venant sauver la mise des éternels « têtes en l’air » !
Ainsi, il n’est pas rare de pouvoir emprunter à la sortie de grands magasins ou de gares, des parapluies mis à la disposition des clients contre le paiement d’une somme modique (environ 100 yen/24h, soit moins de 1 euro/24 h), voire parfois gratuitement. Pratique impensable à nos latitudes, n’est-ce pas ?… Et pourtant, si confortable !…

Dans un registre plus divertissant, notons aussi que le répertoire des contes populaires du rakugo (1) comporte un nombre significatif d’histoires comiques ayant pour toile de fond cette fameuse saison des pluies. Comme quoi, avec du recul, même l’humour est capable de sauver cette période de forte humidité ambiante !

(1) Art de la scène remontant au XVIIème siècle, toujours très actif de nos jours.

Hortensias : un hanami peut en cacher un autre !

La tradition du hanami/花見 (littéralement : « contemplation des fleurs ») est devenue célèbre de par le monde entier grâce à la magnificence des cerisiers en fleurs.
Cependant, contrairement aux idées reçues, la pratique du hanami n’est pas réservée aux seuls cerisiers en fleurs. Ainsi, leur floraison achevée, place est faite en juin aux hortensias/ajisai/紫陽花. Leur réputation est telle qu’eux aussi, sont à même de déplacer des foules de Japonais dans les parcs pour aller les admirer.

juin : hortensia en fleur au Japon
Délicatesse d’un hortensia en fleur

Le Japon recèle de nombreuses variétés d’hortensias/ajisai/紫陽, aux couleurs subtiles et à la beauté délicate. Le motif de l’hortensia fait notamment l’objet de multiples interprétations dans la confection des kimonos. Mais c’est aussi un thème repris depuis des générations dans la composition de poèmes japonais.

En voici deux petits exemples reproduits ci-dessous, composés par deux célébrissimes poètes de haikus japonais. Laissons-nous pénétrer par l’instant saisi au vol…: Bashô (1644 – 1694) à la période d’Edo et Shiki (1867-1902) à la période Meiji.

Shiki (1867-1902) :『紫陽花や きのふの誠 けふの嘘

Ajisai ya/kinô no makoto/kyô no uso
« Vérité d’hier/Mensonge d’aujourd’hui/Hortensias chéris ! »

Ce poème de Shiki est communément interprété comme une métaphore de l’âme humaine, prompte à changer d’humeur ou d’avis du jour au lendemain.

Bashô (1644-1694) : 『紫陽花や 帽子時 薄浅黄

Ajisai ya/katabiratoki/usuasagi
« Pareils à ma mise/subtilement bleuissent/Boutons d’hortensias ! « 

Le poète Bashô utilise ici la figure emblématique de l’hortensia pour marquer son osmose avec la nature en ce début d’été où il adopte une tenue vestimentaire légère de couleur similaire aux fleurs qui entrent dans son champ visuel.

Vu sous cet angle poétique, vous admettrez que la saison des pluies n’a finalement rien de si rébarbatif !
Le terme même de tsuyu/梅雨 (parfois lu « bai u ») renferme d’ailleurs à lui seul cette poésie puisqu’il résulte de l’association de deux caractères chinois : 梅/prunier ou prune et 雨/pluie.
L’image de cette « pluie de pruniers » pour qualifier un épisode météorologique initialement peu apprécié est plutôt belle et bienvenue, n’est-ce pas ?

Juin : une occasion rêvée pour se préparer à l’été !

Comme nous l’avons vu précédemment, le calendrier du mois de juin s’affiche tout de gris, sans le moindre jour férié à fêter.
Pour autant, il n’est pas sans sacrifier à deux rites de saison venant rythmer la vie des Japonais.

Le premier est inscrit au calendrier le 1er juin de chaque année et porte le nom de koromogae/衣替え. Il consiste à changer de garde-robe, en troquant ses vêtements d’automne/hiver pour ceux d’été. Cela se traduit notamment par un changement d’uniforme pour les élèves et par l’adoption de chemises à manches courtes chez les salariés.

Le second rite est marqué par l’arrivée du solstice d’été, le 21 juin. A compter de cette date, il n’est pas rare de saluer l’entrée dans la période estivale en consommant un plat d’anguille grillée/unagi no kabayaki/鰻の蒲焼き. Ce mets est en effet très apprécié pour ses vertus nutritives et énergisantes. La consommation d’anguilles permettrait de rester en meilleure santé tout au long de l’écrasante chaleur du plein été.

Enfin, de même que nous avons évoqué la fête des mères en mai, notre tableau du mois de juin serait incomplet si nous n’évoquions la fête des pères au Japon. Elle se tient le 3ème dimanche du mois de juin, mais là encore, il s’agit d’une fête d’emprunt à l’Occident.

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